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Société de l’information : la France rurale aussi

par Xavier de Mazenod

vendredi 7 novembre 2003


En France aussi, il serait bon de lever les obstacles au développement de la société de l’information, dans les zones où l’absence de véritable haut débit interdit l’accès à Internet.

Il existe des solutions, mais quelles chances ont-elles d’être adoptées ?

La phase nationale du Sommet mondial pour la société de l’information nous offre l’opportunité de considérer la France rurale (et péri-urbaine) tenue à l’écart du développement d’Internet.

Il est prévisible que cette France-là restera encore longtemps privée du « vrai » haut débit. Et donc qu’elle aura des difficultés pour accéder à cette société de l’information.

« Vrai » haut débit : précision sémantique utile depuis que les fournisseurs d’accès ont capté l’expression « haut débit » au profit de leur action commerciale en faveur de l’ADSL à 128 ou à 512 K.

Par « haut débit » nous entendrons donc ici un minimum de 2 Mbps. A noter que les Belges disposent déjà de l’ADSL à 3 Mbps pour 40 €/mois. Et que la tendance dans les pays européens voisins soit plutôt de 10 Mbps.

Selon une étude (juin 2003) de l’Observatoire régional des télécommunications commandée par la DATAR [1], la politique d’équipement de la France en « haut débit » conduira en 2005 à la partition d’un « territoire à trois vitesses » :

- des zones « de concurrence » à proximité des grands réseaux d’infrastructures (2 % du territoire et 32 % de la population) qui bénéficient d’investissements spontanés des opérateurs pour du vrai haut débit (fibre optique) ou du moyen débit (ADSL, câble) d’opérateurs concurrentiels ;
- des zones « d’opportunité », isolées des grands réseaux d’infrastructure de télécommunications (20% du territoire et 42 % de la population) mais qui devraient bénéficier progressivement d’une offre ADSL France Telecom ;
- des zones « de fragilité », la plupart des territoires ruraux et zones peu denses en périphérie d’agglomérations - 78% du territoire et 26 % de la population) qui seront laissées à l’écart du haut débit.

Le vide numérique accélère l’exode rural

Les zones rurales sont donc, dans leur majorité, condamnées à des types de connexion à bas débit (RTC), à moyen débit (ADSL) ou à des solutions alternatives chères (lignes spécialisées, solutions satellites).

Ce sous-équipement va, évidemment, encore diminuer l’attractivité économique des zones rurales.

Non seulement ce « vide numérique » freinera les installations d’activités mais il risque en plus de condamner un certain nombre d’entreprises à l’exode rural. La plupart des élus de ces zones connaissent les doléances des entreprises de leur circonscription et tremblent de les voir s’enfuir sous des cieux mieux équipés.

Dans Village magazine de septembre 2003, par exemple, une PME de jeunes graphistes installée en zone rurale reconnaît que l’absence de haut débit pourrait être la seule chose qui les amènerait à déménager.

Certes, on nous promet la révolution du haut débit pour bientôt. Mais Internet pour tous du plan Raffarin, RESO 2007 [2], est déjà obsolète, sous-dimensionné et inadapté à la demande.

En 2007, et en admettant que les zones rurales ne soient pas déjà vidées de toute activité économique, il est plus que probable que l’ADSL par France Telecom - opérateur en situation de monopole de fait dans les zones rurales - soit dépassé par les besoins des utilisateurs.

Sans parler des cantons isolés qui seront servis en fin de plan, soit vers 2006-2007 !

Si les habitants et les entreprises des « 78% du territoire » oubliés du numérique attendent le bon vouloir et les budgets, ils peuvent bichonner leur modem téléphonique car il devrait servir encore longtemps...

De l’audace ?

Une politique d’équipement ambitieuse devrait anticiper les besoins à venir et manifester sa volonté d’accélérer le passage à la société de l’information, grâce à la connexion de tous les foyers de France par fibre optique. Ce choix technologique permettrait de réussir la mutation « de l’électron au photon » comme l’expose le sénateur Trégouët dans un éditorial de sa Lettre.

Pour mettre en œuvre un tel plan, il faudrait réaliser un investissement massif estimé entre 6 et 10 milliards d’euro selon le livre Hauts débits publié par la FING, la Fondation Internet nouvelle génération. Une estimation que les auteurs mettent en parallèle avec la capacité d’investissement annuel de tous les départements, environ 14 milliards d’euro.

Ils rappellent également, à titre de comparaison, que le plan de modernisation du téléphone dans les années 70 avait coûté l’équivalent de 60 milliards d’euro d’aujourd’hui.

Mais beaucoup d’élus hésitent à investir. Ils sont paralysés par le risque politique d’une telle entreprise, par le « syndrôme de Parthenay » où l’obsession Internet du maire lui a fait négliger les autres aspects de la vie locale, et a contribué à lui faire perdre les élections. Il est à ce sujet symptomatique que le seul élu qui a accepté de suivre Jean-Michel Billaut dans son projet de "Vélizy du haut débit" ait été André Labarrère maire de Pau, un élu en fin de carrière et donc plus indépendant.

Faut-il être pessimiste ? Des projets locaux existent pourtant : l’étude Ortel en a dénombré 163 pour un investissement potentiel de 2,5 milliards d’euros. Mais beaucoup sont des palliatifs, souvent des déploiements d’ADSL accompagnés de connexions satellites.

Certes des dorsales de fibre optique quadrillent la France : réseaux de France Telecom ou d’opérateurs concurrents (LDcom, Telia, …), fibres des sociétés d’autoroutes, des Voies navigables de France, d’EDF ou de la SNCF. Mais l’infrastructure est très loin d’atteindre les boucles locales, le fameux « dernier kilomètre » jusqu’à l’utilisateur final.

Quant aux expériences innovantes alternatives, elles reposent sur quelques pionniers comme Olivier Zablocki dans l’île de Ré ou Bernard Dugas dans le pays de Gex (lui aussi favorable à un plan d’équipement d’ampleur) ainsi que quelques autres. Rien de massif.

Le rapport de la DATAR ne donne pas de solution pour résoudre la quadrature du cercle : comment développer le haut débit dans des zones où il n’existe pas de rentabilité pour les opérateurs, et où, justement, les collectivités ont de faibles moyens d’investissement ?

Xavier de Mazenod Adverbe

Notes

[1] Voir la synthèse de l’étude DATAR (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale)

[2] Voir les détails de RESO 2007 (Pour une RÉpublique numérique dans la SOciété de l’information).


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