A l’évidence, les communicants publics sont bien peu mobilisés sur le débat autour de la société de l’Information. Le sommet mondial qui aura lieu en décembre leur chaut peu, voire les rend sourds comme au bon vieux temps de la morale. Pourquoi ? Il leur est difficile, certes, d’avouer leur impuissance à traiter différemment information et communication, tant les canons professionnels et universitaires leur ont appris à dissocier arbitrairement les matières à messages et les autres, qui sont laissées aux bons soins des non-communicants.
Ayant délibérément exagéré le fossé que creuse l’excès de formulation de messages dans le seul but de convaincre, je vais pouvoir revenir à l’observation plus fine des pratiques professionnelles. Celles-ci désormais sont influencées très fortement par l’usage intensif des technologies d’information dites « nouvelles ». Car paradoxalement, devant la demande de l’internaute - et surtout son pouvoir de faire non avec sa souris - les professionnels sont devenus prudents sur les discours à sens unique : l’interactivité prônée partout n’est-elle pas une forme de démocratie ?
Du coup, devoir retraduire les règles de marketing (en tout bien tout honneur) en tenant compte de prescriptions juridiques qui plus est à une échelle européenne devient un exercice qui leur échappe, en effet, et qu’il conviendrait de partager avec d’autres : documentalistes, juristes, toutes personnes en dehors du cercle de la communication locale et publique.
Un seul exemple vertueux nous vient à l’esprit : celui de la loi du 15 janvier 1990 qui a posé les bases de la communication en période électorale. Encore y avait-il des enjeux non seulement moraux mais éthiques, voire une nécessité judiciaire de poser des règles valables pour tous.
Donc désintérêt et absence d’un débat où pourtant, leur contribution serait des plus utiles. A double titre :
celui « d’acheteur » de biens intellectuels : écrits, photos, images animées, concepts de communication, etc.
celui surtout de professionnels éclairés, rompus au fait de la négociation dans les arcanes de la Com’ et donc subtilement parés pour une guerre des droits et des libertés.
Pour sortir de ce moyen-âge, comment faire ?
Je proposerais deux pistes qui pourraient se rejoindre. La première consiste à leur demander une formulation lucide de leur place dans la société de l’information, aux côtés des politiques, des chercheurs, des groupes de presse et de ce qu’il faut bien appeler des réseaux pionniers. La deuxième est de les amener à débattre avec tous de ces enjeux si rapprochés et si essentiels à la liberté d’in former et de communiquer , pour qu’ils en deviennent aussi les porte-parole.
Ce travail est en cours, il sera vraisemblablement plus long que prévu, demandant plus de temps qu’il n’en faudrait pour faire plier certaines positions dominantes et hégémoniques. Une bonne hygiène professionnelle exigerait de défendre des causes voisines, telles les logiciels libres, ou encore le document libre. Rares, trop rares en sont les défenseurs. Plaidons pour une prise de conscience à la hauteur de nos réputations professionnelles. De toute manière, la loi ne sera qu’un début, mais le début de la fin ou le débat de la liberté ?
Michel Fauchié