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L’altermédiation, information et communication à l’ère réticulaire

par Philippe Batreau

mercredi 15 décembre 2004, par Philippe Batreau


On a cru que la société en réseau en général et l’internet en particulier apportait dans ses bagages la désintermédiation.

Les intermédiaires qui créent de la valeur en faisant payer une information rare et coûteuse quant à son contenu ou son contenant, fut-elle donnée publique, allaient diparaitre au profit d’une communication directe entre les personnes morales / physiques produisant et consommant informations, savoir ou connaissances.

Les profiteurs d’un accès privilégié à l’information, aux données, allaient diparaître dans le grand mouvement réticulaire de la communication directe entre les êtres et l’accès enfin libre et gratuit au savoir.

C’est à moitié vrai, à moitié faux.

L’intermédiaire se définit comme "personne qui intervient entre deux autres, pour leur servir de lien ou les mettre en rapport."

La disparition d’intermédiaires traditionnels ou des formes de médiations traditionnelles ne conduit pas à la désintermédiation mais à de nouvelles formes d’intermédiations et à de nouveaux médiateurs, les alter-médiateurs ou pourquoi pas altermédiaires.

L’alter-médiation est à double sens :
- l’autre médiation, au sens de médiation alternative comme pour alter-mondialisation, la médiation à l’ère réticulaire,
- une médiation tournée vers l’autre, non plus de façon indifférenciée mais personnalisée et signifiante. La prise en compte de l’altérité dans la médiation de masse, qui se décline dans les différents secteurs de la société où l’autre devient alter-ego.

Le marketing direct avec des contacts qualifiés, profilés avec des comportements connus grâce aux cookies de l’ordinateur rentre dans cette altermédiation. Le peer to peer en est un autre exemple. La mise en place de communautés communicantes en dehors des modes traditionnels, en s’exonérant des intermédiaires obligés relève de l’altermédiation.

L’altermédiation n’est ni bonne, ni mauvaise. Elle est subie - volontairement ou non - et/ou construite.

L’altermédiation ne se conçoit que dans le réseau, pour produire et/ou recevoir l’information / communication / donnée /savoir.

Identification, reconnaissance de soi et reconnaissance mutuelle sont pour Paul Ricoeur [1] les stades de la reconnaissance. Il n’en est pas autrement dans l’altermédiation, médiation où se satisfait le besoin explicite ou non d’être reconnnu et corollairement de reconnaître.

Cette altermédiation est une non seulement une autre médiation, une médiation de l’autre mais et surtout une intermédiation de la reconnaissance.

Dans cette logique, l’appropriation, la maîtrise des outils de communication et la construction de son propre réseau pour ne pas subir les réseaux dominants sont des processus d’altermédiation.

Un monde altermédiaire et qui commence à en prendre conscience se dessine pour construire les réseaux voulus et non plus subis.

Philippe Batreau

n’hésitez à faire part de vos commentaires.

Notes

[1] Parcours de la reconnaissance, trois études de Paul Ricoeur, Stock, 2004


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