par Thierry Gaudin
mardi 18 juillet 2006
Dans les pays dits développés où le citoyen moyen passe quelque quatre heures par jour devant sa télévision, laquelle est presque partout conditionnée par sa mission publicitaire (celle qui génère du profit), le psychisme est atteint par l’omniprésence de la persuasion marchande.
On peut se demander si Internet est en mesure de faire face à ce conditionnement. Sans doute, on peut le comparer à la construction d’un immense système nerveux planétaire. Si l’on se réfère aux connaissances disponibles, encore bien lacunaires, concernant les fonctionnements neuronaux, on peut déjà dire que :
la mémoire n’est pas un stock, c’est un flux, l’expression du mouvement de reconnaissance, lequel se produit lorsque le système neuronal, en mouvement perpétuel, repasse au "voisinage" d’un état antérieur.
Internet aussi est habité par de multiples processus de reconnaissance, dans lesquels se retrouvent les acteurs, même lointains, partageant une passion commune.
la désinformation fonctionne sur Internet. Les croyances et les religions, et aussi les sectes, s’y propagent. Mais le réalisme et la vérification y sont aussi. Il est même probable que, à mesure que le public apprendra à l’utiliser, une certaine forme de rationalité se mettra en place. Il est en effet dans la nature des systèmes cognitifs de construire d’abord des interprétations rapides mais approximatives (fonctionnement hérité de nos ancêtres chasseurs cueilleurs) et de vérifier par la suite en imagination leur validité.
la mémoire procédurale, celle qui enchaîne des successions d’actes ou d’évocations, celle qui permet la domestication de l’homme par l’homme, passe par des circuits différents de la mémoire déclarative considérée, dans le passé, comme la seule mémoire. L’une et l’autre fonctionnent sur Internet, mais le déclaratif (les croyances) est constamment remis en question par des procédures de vérification.
dans un circuit neuronal, il n’y a pas d’appropriation de l’information. Toute transposition du droit de propriété à « l’immatériel » est un contresens qui handicape gravement le fonctionnement du système, très sensible à la fluidité et à la rapidité de circulation.
La question de la « gouvernance » d’Internet ne se pose pas, car c’est le système nerveux qui gouverne le corps et non l’inverse.
Thierry Gaudin
Thierry Gaudin est prospectiviste, président de "Prospective 2100"